samedi 13 décembre 2008

Quand culture ne rime plus seulement avec pure...

Le gouvernement italien, par la voix de son ministre de la Culture Sandro Bondi, a annoncé récemment la création d'une Direction générale pour les musées et leur valorisation. Ce n'est pas tant cette décision qui a fait grand bruit que l'homme choisi pour le poste de « supermanager » de cette structure qui chapeautera près de 3600 musées et sites archéologiques. En effet, pour la première fois, ce ne sera pas un archéologue ou un historien de l'art à occuper ce type de poste, mais un certain Mario Resca, 62 ans, actuel dirigeant de McDonald's Italia... Proche de Berlusconi, cet homme est également membre du conseil d'administration de la maison d'édition Mondadori et président de la Chambre de Commerce américaine en Italie.

Le gouvernement semble avoir considéré que Resca possède les connaissances requises pour activer le plan de « prêt » des oeuvres d'art à l'étranger annoncé par le ministre, s'inspirant de l'activité du musée du Louvre. Le dirigeant de Mc Donald's a lui-même reconnu ne pas avoir une grande connaissance du monde de l'art, mais pour se défendre il a indiqué qu'avant de diriger la firme américaine le secteur de la restauration lui était inconnu. Il aurait accepté le poste pour servir son pays, le patrimoine italien lui apparaissant « une gisement de pétrole à coût zéro »... Dans un contexte où la culture va subir des coupes budgétaires de près d'un milliard d'euros sur 3 ans, Resca avance déjà des pistes de réflexion : développer le tourisme culturel, faire usage du marketing, favoriser la circulation des oeuvres d'art dans le monde, ou encore faire appel aux financeurs privés.

Les réactions politiques ne se sont pas faites attendre. Le président de la commission Culture à la Chambre des députés, membre de l'opposition, a remarqué avec une certaine pertinence que les compétences en matière de conduite d'entreprise de Resca sont indéniables, mais qu'on peut se demander ce que les hamburgers ont à voir avec l'extraordinaire patrimoine culturel italien. Franceso Rutelli, ancien ministre de la Culture, a affirmé que Resca était une personne incompétente pour ce poste.

Le monde de l'art, quant à lui a réagi de manière vigoureuse. Un appel pour la sauvegarde des musées et des biens archéologiques et artistiques a été lancé par l'association Ranuccio Bianchi Bandinelli, un institut de recherche et de formation. La pétition avait recueilli fin novembre près de 6000 signatures. Cette nomination a également suscité un intérêt international, puisque le journal anglais The Economist a lui-même publié un article à ce sujet.

Les défenseurs de ce choix soulignent la nécessité d'une gestion assainie des musées. Resca serait également la personne juste pour dépoussiérer l'image des musées italiens en favorisant leur processus de modernisation. Ces arguments ne sont pas sans fondement, et parler de fast-food de la culture semble pour l'instant exagéré. Pour autant la démarche est forcément inquiétante, dans un contexte où une nouvelle polémique naît à Turin sur l'hypothèse d'une « vente » de la Mole Antonelliana, symbole de la ville... Alors wait and see or mobilitatevi ?...

lundi 1 décembre 2008

Napoléon le Petit

Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé ".
Victor Hugo, Napoléon le Petit, pamphlet politique, août 1852, réédité chez Actes Sud.

... si loin, et pourtant si proche, comment ne pas y voir une résonance même superficielle avec le contexte actuel ?...

mardi 25 novembre 2008

Errare humanum est (et encore...) mais perseverare diabolicum


mardi 18 novembre 2008

Dreaming by numbers

Documentaire noir et blanc de Anna Bucchetti qui filme avec merveille une réalité de la Naples populaire, celle de la smorfia, pratique ancestrale du loto et du jeu sur les numéros. Mais pas n'importe comment.
Cette tradition, qui prend racine dans les pratiques cabalistiques, associe chaque numéro à un objet, une chose. Ainsi, chaque évènement peut être joué par une série de nombre dans ces ricevitorie, petites boutiques de jeu. Pourquoi ce jeu et cette quasi obsession pour les numéros ?
D'abord, il s'agit d'une manière d'interpréter le monde, de le ramener à la forme de numéros, qu'il s'agisse de moments de la vie quotidienne ou de l'interprétation d'un rêve. Ces numéros sont censés porter chance pour gagner au loto, mais pas seulement. Jouer est souvent une nécessité, mais peut-être plus pour donner de l'espoir que pour devenir riche dans des milieux souvent modestes.
Mais pour certains joueurs il s'agit d'une véritable passion du jeu, d'une habitude prise de faire fonctionner leur imagination à longueur de journée pour repérer les numéros qui les entourent, qu'ils croisent.
Ces séries de numéros font partie de la vie des gens : une femme continue à jouer depuis 10 ans les nombres que jouait sa mère, alors qu'une autre joue les dates d'anniversaire de ses enfants.

Ce documentaire, au montage très réussi, donne à voir un aspect peu connu de l'Italie du Sud, mais surtout une autre image de Naples, loin des règlements de compte mafieux ou des décharges illégales. Cette réalité là existe, mais ça fait du bien de voir une image moins noire de cette ville et de ses habitants, quand bien même tout aussi réelle.
Des tranches de vie donc, de la grand-mère dont le jeu est le seul vice à ce travesti organisateur de parties de bingo pour les signore du quartier...
Rencontres du cinéma italien de Grenoble 2008 - Dreaming by numbers.

lundi 17 novembre 2008

La giusta distanza

Ce dernier film de Carlo Mazzacurati raconte l'histoire d'une jeune institutrice, Mara, qui fait irruption dans un petit village tranquille du nord est de l'Italie. Cette arrivée ne laisse pas de marbre les habitants. Parmi eux, Hassan, un mécanicien d'origine tunisienne, au comportement d'abord ambigu, qui va peu à peu entrer dans la vie de cette jeune femme.
Mais lorsque Mara est retrouvée assassinée, c'est lui qui est suspecté en premier lieu. Le doute persiste pourtant...
Un film riche, où le polar croise la description d'une Italie rurale, l'immigration, le choc des cultures. Et la question latente de la "juste distance", celle à garder entre soi et l'être aimé, et plus largement entre soi et le reste du monde.
A noter la prestation de l'hilarant Giuseppe Battiston, vu récemment aux côtés de Valerio Mastandrea dans Ciao Stefano (Non pensarci), là encore très bon.
Et de finir par un proverbe arabe cité par Hassan dans le film : "Come anima inseguita da ombre Aspetto tremante che il sole torni" (Comme une âme poursuivie par des ombres, J'attends tremblant que le soleil revienne).

Gianmaria Testa, la simplicité, l'émotion, la beauté



Gianmaria Testa, piémontais dont le prénom débute comme le nom de ce blog, heureuse coincidence...

mercredi 5 novembre 2008

Obama a-t-il la baraca pour se frotter à la frite Mac Cain ?...

Je ne tenterai aucun commentaire ni aucune analyse à quelques heures du résultat de l'élection que le monde entier attend, les yeux tournés vers le Nouveau Monde... Laissons cela aux vrais spécialistes et à tous les journalistes français et à toutes les rédactions en direct de New-York, et délectons-nous un instant de la chanson du dimanche consacrée aux 2 candidats, un peu de second degré parbleu!

mardi 4 novembre 2008

La nuit au musée...

J'avoue que déambuler dans un musée de nuit est une occasion rare mais qui m'a toujours fascinée, l'envie de s'y laisser enfermer, peut-être une réminiscence du personnage de Belphégor... Par contre, rien à voir avec le récent film La nuit au musée avec Ben Stiller entouré de squelettes vivants...
Alors comment ne pas saisir l'opportunité de visiter le musée du Louvre justement, de nuit, rien que l'idée m'emballait, surtout pour y admirer les chefs d'oeuvre d'Andrea Mantegna, peintre de la Renaissance italienne dont le nom est souvent associé à la ville de Mantoue.
L'exposition a vraiment été intéressante, mais mon enthousiasme a été un peu refroidi par une foule venue nombreuse... Apparemment mon quasi fantasme était partagé par beaucoup, à moins que ce ne soit l'attractivité des bas prix...
Bref, le mythe nocturne du musée s'est un peu rompu, jusqu'à la sortie de la
pyramide et la vision de la cour :
Finalement, regarder la ville de nuit est encore plus fascinant que visiter un musée, surtout dans la ville "lumière"... Il en faut peu pour la faire sienne quand le brouhaha quotidien s'est tu, et, avec de l'imagination, en avoir la vision qu'on souhaite... pour oublier la réalité grisâtre diurne...

jeudi 30 octobre 2008

Sappi, sache

Sappi che tutte le strade, de Pier Mario Giovannone

Sappi che tutte le strade / Sache que tous les chemins
anche le più sole / même les plus solitaires
hanno un vento che le accompagna / ont un vent qui les accompagne

E che il gomitolo, forse / Et que la pelote, peut-être
non ha voluto diventar maglione / n'a pas voulu devenir chandail

Che preferisco non imparare la rotta / Que je préfère ne pas apprendre le cap
per ricordarmi il mare / pour me rappeler la mer

Chocolat

Le chocolat vu par Wild Billy Boy Mosai, piste à exploiter pour juger de l'effet gianduiottastica...




J'prends du chocolat
Du bonheur pour moi
Ca va monter doucement
Devenir apaisant
D'abord les veines qui gonflent
Le moteur qui ronfle
Les angines de poitrine
S'débinent
Chocolat, du choco-lat
Chocolat, du choco-lat

Ensuite sérénité
Plus rien pour m'agresser
Et amour véritable
Etat très confortable
Tout le monde je l'aime
Même le pire je l'aime
Les oiseaux je l'aime
Les poissons je l'aime
Oh là-bas un chien, je t'aime, je t'aime
Chocolat, du choco-lat
Chocolat, du choco-lat

Pas question de redescendre
Ni de prendre un scaphandre
J'fais remonter la pluie
Et je jette mes habits
Partout mon nom raisonne
Je suis cent milles personnes
Mes pieds quittent le sol
Je suis une farandole
De chocolat, du choco-lat
Chocolat, du choco-lat

[...] Extrait de Wild Billy Boy Mosai, auteur Cédric Guyomard

vendredi 24 octobre 2008

3e rencontres du cinéma italien de Grenoble

Les 3es rencontres du cinéma italien de Grenoble approchent, elles se dérouleront du 14 au 25 novembre 2008. Pour cette nouvelle édition, 30 longs métrages et documentaires seront diffusés dans différentes salles de l'agglomération grenobloise (cinéma le Club, Seyssins, Fontaine, Théâtre 145, Campus...). Pour cette édition 2008, une nouveauté : une section "Compétition" présentant 6 longs métrages inédits en France. Et toujours une programmation de qualité, engagée, avec une forte présence cette année de documentaires et quelques comédies.
Un avant goût : "Gomorra" de Matteo Garrone, "La Sconosciuta" de Giuseppe Tornatore (le réalisateur de Nuovo Cinema Paradiso), "Caos Calmo" avec Nanni Moretti, "Io
non sono un moderato" sur la candidature de Dario Fo à la municipalité de Milan, un documentaire sur l'Orchestra di Piazza Vittorio, "L'Amore ritrovato" avec Stefano Accorsi, "Parole Sante" documentaire de l'acteur Ascanio Celestini ou encore "Ciao Stefano" ("Non pensarci" en titre original) avec l'hilarant Valerio Mastandrea.
Pour plus d'infos, suivez le lien... http://www.dolcecinema.com/index.php

jeudi 23 octobre 2008

Benabar...

Benabar...
Ses premières chansons ont été pour moi une révélation quand je l'ai découvert en 2002. Ou plutôt, j'avais dû entendre le titre "Y'a une fille qui habite chez moi" sur France Inter mais sans trop tendre l'oreille, pendant un bol de céréales ou une discussion en voiture... Ca m'avait plu, mais je n'étais pas allée chercher beaucoup plus loin.
Sa prestation aux victoires de la musique 2003 a alors été une révélation : l'interprétation de la chanson "Majorette" m'a littéralement bluffée, touchée, en somme un moment magique comme la télévision nous offre rarement... Je me suis alors empressée de me procurer ses deux premiers albums et mon enthousiasme n'en a été que plus grand. J'avais l'impression que personne n'avait dépeint les choses de la vie de cette manière, maniant l'émotion, l'ironie, réussissant à faire sourire l'auditeur au détour d'une phrase , d'une image, d'un cliché.
Influence sans doute de son passé de réalisateur de cinéma et de scénariste de la série H... C'est donc les textes qui m'ont d'abord plu, mais également son univers musical, ambiance fanfare teintée de cuivres et d'accordéon ou simple piano voix.
Quant à ses prestations scéniques que j'ai pu appréciées à plusieurs reprises, on peut dire que celui qui semble légèrement mal à l'aise dans les médias se révèle être un véritable artiste de scène. Les reprises live (« Dis quand reviendras-tu ? » de Barbara) ou ses inédits hilarants, parodiques et immanquables tels « le Slow » ou « La Pierrade » provoquent une certaine jubilation.
Je suis donc devenue naturellement une "bénabarge" (l'expression existe, si si!), à chaque petit coup de blues une petite chansonnette et une petite lueur éclairait ma journée, sans être trop kitsch j’espère… Bénabarge aussi aux yeux de mes amis, je ne relèverai pas ici le nombre de boutades, peut-être méritées parfois vu que mon sens de la réplique et du bon mot s’était teinté de bénabargisme (non, ce blog ne devient pas celui des néologismes…).

Et puis… de nouveaux albums sortirent, l’un après l’autre, jusqu’au dernier, « Infréquentable »… Et la flamme s’est un peu atténuée… Je ne dirais pas que ces albums ont été décevants, j’y ai trouvé des perles comme « Les Epices du Souk du Caire », « Je suis de celles », « Tu peux compter sur moi », « Dis-lui oui »… Mais je les ai trouvés au fur et à mesure moins surprenants, plus conventionnels. Attention, il y a toujours de bons mots, des textes formidables, et j’apprécie leur écoute, mais la musique me semble manquer un peu de relief, une touche un peu trop pop…

Benabar mûrit sans doute, moi peut-être pas, je ne sais pas… Ou peut-être est-ce simplement, comme le disait Darry Cowl, « Et plus tu désires une chose, et plus de toi s’éloigne cette chose »… En somme, à l’enthousiasme de la découverte ne peut que succéder une impression de normalité.

Quoiqu’il en soit, l’album « Benabar » reste culte. Quant au dernier, j’ai un petit faible pour « Allez », « Infréquentable », « Si j’avais su », « Où t’étais passé », « L’effet papillon », ce qui est déjà pas mal finalement…

Ah, pour finir, le clip de « L’effet papillon », pour le plaisir…


mercredi 22 octobre 2008

De temps en temps...

de temps en temps je me sens bien, sereine, même enthousiaste !
le reste du temps je navigue.
et je n'ai décidément pas le pied marin...

Edgar Morin, le dernier "intellectuel" ?...

Petit hommage à Edgar Morin et à sa pensée de la complexité, que nous devrions toujours avoir à l'esprit car :
"On dit de plus en plus souvent « c'est complexe » pour éviter d'expliquer. Ici il faut faire un véritable renversement et montrer que la complexité est un défi que l'esprit doit et peut relever."
(Éduquer pour l'ère planétaire).


"La pleine conscience de l'incertitude, de l'aléa, de la tragédie dans toutes choses humaines est loin de m'avoir conduit à la désespérance.
Au contraire, il est tonique de troquer la sécurité mentale pour le risque, puisqu'on gagne ainsi la chance. Les vérités polyphoniques de la complexité exaltent, et me comprendront ceux qui comme moi étouffent dans la pensée close, la science close, les vérités bornées, amputées, arrogantes.

Il est tonique de s'arracher à jamais au maître mot qui explique tout, à la litanie qui prétend tout résoudre.
Il est tonique enfin de considérer le monde, la vie, l'homme, la connaissance, l'action comme systèmes ouverts.
L'ouverture, brèche sur l'insondable et le néant, blessure originaire de notre esprit et de notre vie, est aussi la bouche assoiffée et affamée par quoi notre esprit et notre vie désirent, respirent, s'abreuvent, mangent, baisent."
(Le paradigme perdu)


Espérons à notre modeste échelle arriver à montrer la complexité de l'idéal type gianduiottastica... ;-)

mardi 21 octobre 2008

"Comprendre l'Italie à travers ses nuances", un défi à relever…

Depuis quelques temps, nos médias nationaux s'intéressent (enfin...) à notre voisin transalpin, à travers en vrac :
- la réélection de Berlusconi et ses « affaires »,
- le livre « Gomorra » de Saviano sur la Camorra et le film qu’il a inspiré à Matteo Garrone, primé à Cannes,
- le problème du traitement / trafic des déchets en Campanie,
- les assassinats d’Africains à Casal di Principe près de Naples et l’état sécuritaire qui en a résulté,
- l’affaire Marina Petrella,
- le rêve naufragé des clandestins à Lampedusa,
- le recensement ethnique des enfants roms,
- la réhabilitation de l’architecture fasciste et les frasques du nouveau maire de Rome Gianni Alemanno et de ses « amis »,
- ou encore le nouvel album du chanteur Paolo Conte (pour finir sur une note plus légère…)

Au fond, en France, deux paradigmes structurent les visions et les discours sur le « cousin » transalpin.

D’abord, l’image romantique ô combien galvaudée de la dolce vita, de l’amour, du romantisme, delle piazze et des ragazzi col motorino. Ce tout symbolisé par la scène mythique entre Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trévise ou les tubes de la chanson allant de « Laisse les gondoles à Venise » à « Capri, c’est fini »… Chacun pourra ajouter à cette liste ce que bon lui semble…
Ce paradigme d’une Italie idéale s’incarne dans la renommée de sa cuisine qui malheureusement se limite souvent dans les esprits à la quadrilogie « pizza, pasta, parmigiano, gelato » en oubliant souvent l’extrême diversité de ses plats régionaux.
Pour beaucoup de nos compatriotes, l’Italie représente également la terre promise du tourisme culturel, au vu de son patrimoine reconnu par l’Unesco, image qui lui colle à la peau. Représenter un musée à ciel ouvert n’est pas forcément aisé à assumer, certaines villes sont parfois dépassées par leur patrimoine très (trop ?) envahissant.
Il faut bien reconnaître que « un po’ di verità ci sarà » parmi ces clichés, les vacances italiennes représentent toujours des moments privilégiés de douceur et de vie. Qui ne s’est pas senti envahi d’un doux sentiment devant un paysage marin ou les ruelles de Venise ? Au fond, on l’aime tous cette image de l’Italie, tout pays a besoin de se donner une identité de carte postale.

Mais cette image de l’Italie « éternelle » cohabite avec un autre paradigme qui concerne davantage la société italienne et ses habitants. On entend ainsi le discours récurrent d’un pays immobile, divisé, dont l’économie fonctionnerait au ralenti, encore plus mauvais élève de l’Union Européenne que la France, c’est dire… Un pays qui ne reconnaitrait pas son passé fasciste, aux tifosi xénophobes (la preuve, l’équipe italienne de football comprend bien peu de joueurs de couleur..), qui vote et revote Silvio Berlusconi, un Bernard Tapie puissance un million…
Quant à la jeunesse, elle semblerait perdre peu à peu ses illusions face au chômage, aux contrats précaires, à la « gérontocratie » qui règne dans le monde du travail, au démantèlement de l’université. Elle ne saurait que crier sa colère, preuve en serait le succès rencontré par le mouvement V-day de l’acteur Beppe Grillo – chacun jugera de son caractère cathartique ou populiste.
Certains diront « le pays croule », « fuggite, fuggite », qui en Australie, qui en Angleterre, comme à une autre époque…

Les critiques sont alors relativement faciles et les Français sont les premiers à rire de ces italiens faussaires, qui ne paient pas les impôts, et se la coulent douce sur les terrasses au soleil…

Pourtant, pour peu qu’on ait eu l’occasion de s’immerger dans ce pays et de côtoyer certains de ses habitants, aucun de ces portraits ne colle vraiment à la réalité. Entre ces deux paradigmes, mon esprit cherche, questionne, s’informe, interroge... Peut-on trouver quelques nuances, les formaliser, contrecarrer certaines vérités quelquefois observables mais exagérément gnéralisées ? … Pas évident. Edgar Morin citait ainsi cette merveilleuse citation de Niels Bohr selon laquelle le contraire d’une vérité profonde n’est pas une idée fausse mais, au contraire une autre vérité profonde.
Qui sait exactement comment Berlusconi a pris possession d’une bonne partie des médias, pourquoi la gauche est la première à l’avoir affublé du surnom de « Sua Emittenza » sans pour autant avoir remis en cause les lois audiovisuelles sur mesure qu’il a fait voter ?
La politique spectacle à laquelle il se donne, son alliance avec le parti Alleanza Nazionale, dont certains membres sont issus de l’ancien MSI (Mussolini tu es immortel…), et avec la Ligue du Nord de Bossi, défendant les intérêts des entrepreneurs du Nord et faisant le doux rêve d’une Padanie autonome où il ferait bon vivre, n’est-elle pas un refuge dans lequel certains italiens pensent trouver une stabilité pour leur pays ?

L’attitude des autorités françaises face aux anciens membres des Brigades Rouges laisse aussi apparaître une certaine méconnaissance des évènements historiques. Les BR n’ont pas été un gentil mouvement estudiantin trotskyste ayant comme fait d’arme majeur d’avoir lancé des pavés en mai 1968… Dans la mémoire collective italienne, il s’agit de l’enlèvement et de l’assassinat du leader politique démocrate-chrétien Aldo Moro, d’attentats dont le plus célèbre reste celui de la gare de Bologne. Alors, certes, le rôle du pouvoir politique de l’époque reste encore obscur, mais ce que l’on peut dire c’est qu’il est bien facile de juger ces italiens qui n’acceptent pas la liberté d’opinion lorsqu’elle remet en cause l’ordre établi…
La question de l’immigration fait également scandale avec le fichage des enfants roms, qui rappelle certains épisodes noirs de l’histoire contemporaine. Cependant, il faut aussi se demander comment un pays qui a été une terre d’émigration peut réussir à s’adapter à son nouveau statut de terre d’immigration.

Quant à Gomorra, il représentera l’Italie aux Oscars. Certains journalistes français se sont alors empressés de rapporter les propos du ministre de l’Intérieur Roberto Maroni. Ce dernier a en effet souhaité bonne chance au film tout en reconnaissant qu’il préfère l’image véhiculée par un film comme la Vie est belle de Benigni à celle de ce film sur la criminalité en Italie. Cette déclaration est sans doute malvenue, mais il faut aussi se demander ce que peut ressentir un habitant de Naples en voyant ce film. Cette réalité peut être connue localement et la dénonciation peut aussi être soutenue pour faire changer les choses. Mais quand cette même réalité est donnée à voir au monde entier comme seule image de la « terre » à laquelle on appartient, on peut comprendre l’ambigüité des sentiments.

Dans ce contexte, il est assez facile et confortable pour une bonne part des journalistes français traitant de ces sujets de se complaire dans une vision simpliste et d’éviter de creuser pour faire émerger la complexité italienne.
Pourtant, je me permettrais de citer la démarche d’un journaliste qui ferait presque figure d’exception. Il s’agit du correspondant permanent de Radio France à Rome, Eric Valmir, dont le travail me donne souvent plus qu’une bouffée d’air. Ses reportages dans les diverses émissions de France Inter, journaux, Esprit Critique, et surtout Et pourtant elle tourne (à ne pas manquer !), donnent le plus souvent à voir sous un autre angle l’actualité en lien avec l’Italie, ou abordent des aspects souvent méconnus de la société italienne. Lui-même reconnaît se sentir souvent seul à tenir ce propos parmi les autres journalistes français en Italie.
Cette démarche s’accompagne d’un blog (http://radiofrance-blogs.com/eric-valmir) au sous-titre évocateur : « comprendre l'Italie à travers ses nuances, loin des caricatures faciles ». L’intérêt des textes et des sons mis en ligne fournissent un complément à ses reportages et constituent (enfin…) une source d’information qui ne me fait pas bondir et nourrit mes pensées du soir de manière constructive… Quant aux commentaires et échanges qui se nouent entre les auditeurs et le journaliste, ils sont également source d’enrichissement.

Je vous invite donc si ce sujet vous intéresse à jeter un coup d’œil à son travail.
Et espère réussir à écrire quelques articles sur ce sujet…

lundi 20 octobre 2008

Ecrire...

Ecrire, pour certains un passe-temps
Pour d’autres une exigence de tous les instants.
Ecrire pour ne pas oublier
Mais écrire aussi pour s’oublier
Pour naviguer vers d’autres possibles
Pour coucher sur le papier l’indicible.
Certains écrivent à la recherche de la vérité
Pour clarifier, dénoncer, mobiliser.
D’autres par amour du verbe et de sa beauté,
Révélateurs de perceptions d’un instant ou d’une éternité.
Ecrire aussi simplement pour la force du geste,
Et se sentir rien qu’un instant poète modeste.
L’écriture est en chacun de nous, elle attend.
Elle peut nous être étrangère pendant fort longtemps.
Puis un jour, pour quelque vague raison ou même sans,
Le besoin se fait ressentir, instamment.
Etrange, de se retrouver la plume à la main,
L’idée a sans doute fait son chemin.
Et de se demander comment faire sans mode d’emploi,
Intimidé comme pour une première fois.
Mais prompt à une expérience même éphémère,
Pour échapper nous aussi un instant à l’ordinaire…