samedi 13 décembre 2008

Quand culture ne rime plus seulement avec pure...

Le gouvernement italien, par la voix de son ministre de la Culture Sandro Bondi, a annoncé récemment la création d'une Direction générale pour les musées et leur valorisation. Ce n'est pas tant cette décision qui a fait grand bruit que l'homme choisi pour le poste de « supermanager » de cette structure qui chapeautera près de 3600 musées et sites archéologiques. En effet, pour la première fois, ce ne sera pas un archéologue ou un historien de l'art à occuper ce type de poste, mais un certain Mario Resca, 62 ans, actuel dirigeant de McDonald's Italia... Proche de Berlusconi, cet homme est également membre du conseil d'administration de la maison d'édition Mondadori et président de la Chambre de Commerce américaine en Italie.

Le gouvernement semble avoir considéré que Resca possède les connaissances requises pour activer le plan de « prêt » des oeuvres d'art à l'étranger annoncé par le ministre, s'inspirant de l'activité du musée du Louvre. Le dirigeant de Mc Donald's a lui-même reconnu ne pas avoir une grande connaissance du monde de l'art, mais pour se défendre il a indiqué qu'avant de diriger la firme américaine le secteur de la restauration lui était inconnu. Il aurait accepté le poste pour servir son pays, le patrimoine italien lui apparaissant « une gisement de pétrole à coût zéro »... Dans un contexte où la culture va subir des coupes budgétaires de près d'un milliard d'euros sur 3 ans, Resca avance déjà des pistes de réflexion : développer le tourisme culturel, faire usage du marketing, favoriser la circulation des oeuvres d'art dans le monde, ou encore faire appel aux financeurs privés.

Les réactions politiques ne se sont pas faites attendre. Le président de la commission Culture à la Chambre des députés, membre de l'opposition, a remarqué avec une certaine pertinence que les compétences en matière de conduite d'entreprise de Resca sont indéniables, mais qu'on peut se demander ce que les hamburgers ont à voir avec l'extraordinaire patrimoine culturel italien. Franceso Rutelli, ancien ministre de la Culture, a affirmé que Resca était une personne incompétente pour ce poste.

Le monde de l'art, quant à lui a réagi de manière vigoureuse. Un appel pour la sauvegarde des musées et des biens archéologiques et artistiques a été lancé par l'association Ranuccio Bianchi Bandinelli, un institut de recherche et de formation. La pétition avait recueilli fin novembre près de 6000 signatures. Cette nomination a également suscité un intérêt international, puisque le journal anglais The Economist a lui-même publié un article à ce sujet.

Les défenseurs de ce choix soulignent la nécessité d'une gestion assainie des musées. Resca serait également la personne juste pour dépoussiérer l'image des musées italiens en favorisant leur processus de modernisation. Ces arguments ne sont pas sans fondement, et parler de fast-food de la culture semble pour l'instant exagéré. Pour autant la démarche est forcément inquiétante, dans un contexte où une nouvelle polémique naît à Turin sur l'hypothèse d'une « vente » de la Mole Antonelliana, symbole de la ville... Alors wait and see or mobilitatevi ?...

lundi 1 décembre 2008

Napoléon le Petit

Que peut-il ? Tout. Qu’a-t-il fait ? Rien. Avec cette pleine puissance, en huit mois un homme de génie eût changé la face de la France, de l’Europe peut-être. Seulement voilà, il a pris la France et n’en sait rien faire. Dieu sait pourtant que le Président se démène : il fait rage, il touche à tout, il court après les projets ; ne pouvant créer, il décrète ; il cherche à donner le change sur sa nullité ; c’est le mouvement perpétuel ; mais, hélas ! cette roue tourne à vide. L’homme qui, après sa prise du pouvoir a épousé une princesse étrangère est un carriériste avantageux. Il aime la gloriole, les paillettes, les grands mots, ce qui sonne, ce qui brille, toutes les verroteries du pouvoir. Il a pour lui l’argent, l’agio, la banque, la Bourse, le coffre-fort. Il a des caprices, il faut qu’il les satisfasse. Quand on mesure l’homme et qu’on le trouve si petit et qu’ensuite on mesure le succès et qu’on le trouve énorme, il est impossible que l’esprit n’éprouve pas quelque surprise. On y ajoutera le cynisme car, la France, il la foule aux pieds, lui rit au nez, la brave, la nie, l’insulte et la bafoue ! Triste spectacle que celui du galop, à travers l’absurde, d’un homme médiocre échappé ".
Victor Hugo, Napoléon le Petit, pamphlet politique, août 1852, réédité chez Actes Sud.

... si loin, et pourtant si proche, comment ne pas y voir une résonance même superficielle avec le contexte actuel ?...