- la réélection de Berlusconi et ses « affaires »,
- le livre « Gomorra » de Saviano sur la Camorra et le film qu’il a inspiré à Matteo Garrone, primé à Cannes,
- le problème du traitement / trafic des déchets en Campanie,
- les assassinats d’Africains à Casal di Principe près de Naples et l’état sécuritaire qui en a résulté,
- l’affaire Marina Petrella,
- le rêve naufragé des clandestins à Lampedusa,
- le recensement ethnique des enfants roms,
- la réhabilitation de l’architecture fasciste et les frasques du nouveau maire de Rome Gianni Alemanno et de ses « amis »,
- ou encore le nouvel album du chanteur Paolo Conte (pour finir sur une note plus légère…)
Au fond, en France, deux paradigmes structurent les visions et les discours sur le « cousin » transalpin.
D’abord, l’image romantique ô combien galvaudée de la dolce vita, de l’amour, du romantisme, delle piazze et des ragazzi col motorino. Ce tout symbolisé par la scène mythique entre Marcello Mastroianni et Anita Ekberg dans la fontaine de Trévise ou les tubes de la chanson allant de « Laisse les gondoles à Venise » à « Capri, c’est fini »… Chacun pourra ajouter à cette liste ce que bon lui semble…
Ce paradigme d’une Italie idéale s’incarne dans la renommée de sa cuisine qui malheureusement se limite souvent dans les esprits à la quadrilogie « pizza, pasta, parmigiano, gelato » en oubliant souvent l’extrême diversité de ses plats régionaux.
Pour beaucoup de nos compatriotes, l’Italie représente également la terre promise du tourisme culturel, au vu de son patrimoine reconnu par l’Unesco, image qui lui colle à la peau. Représenter un musée à ciel ouvert n’est pas forcément aisé à assumer, certaines villes sont parfois dépassées par leur patrimoine très (trop ?) envahissant.
Il faut bien reconnaître que « un po’ di verità ci sarà » parmi ces clichés, les vacances italiennes représentent toujours des moments privilégiés de douceur et de vie. Qui ne s’est pas senti envahi d’un doux sentiment devant un paysage marin ou les ruelles de Venise ? Au fond, on l’aime tous cette image de l’Italie, tout pays a besoin de se donner une identité de carte postale.
Mais cette image de l’Italie « éternelle » cohabite avec un autre paradigme qui concerne davantage la société italienne et ses habitants. On entend ainsi le discours récurrent d’un pays immobile, divisé, dont l’économie fonctionnerait au ralenti, encore plus mauvais élève de l’Union Européenne que la France, c’est dire… Un pays qui ne reconnaitrait pas son passé fasciste, aux tifosi xénophobes (la preuve, l’équipe italienne de football comprend bien peu de joueurs de couleur..), qui vote et revote Silvio Berlusconi, un Bernard Tapie puissance un million…
Quant à la jeunesse, elle semblerait perdre peu à peu ses illusions face au chômage, aux contrats précaires, à la « gérontocratie » qui règne dans le monde du travail, au démantèlement de l’université. Elle ne saurait que crier sa colère, preuve en serait le succès rencontré par le mouvement V-day de l’acteur Beppe Grillo – chacun jugera de son caractère cathartique ou populiste.
Certains diront « le pays croule », « fuggite, fuggite », qui en Australie, qui en Angleterre, comme à une autre époque…
Les critiques sont alors relativement faciles et les Français sont les premiers à rire de ces italiens faussaires, qui ne paient pas les impôts, et se la coulent douce sur les terrasses au soleil…
Pourtant, pour peu qu’on ait eu l’occasion de s’immerger dans ce pays et de côtoyer certains de ses habitants, aucun de ces portraits ne colle vraiment à la réalité. Entre ces deux paradigmes, mon esprit cherche, questionne, s’informe, interroge... Peut-on trouver quelques nuances, les formaliser, contrecarrer certaines vérités quelquefois observables mais exagérément gnéralisées ? … Pas évident. Edgar Morin citait ainsi cette merveilleuse citation de Niels Bohr selon laquelle le contraire d’une vérité profonde n’est pas une idée fausse mais, au contraire une autre vérité profonde.
Qui sait exactement comment Berlusconi a pris possession d’une bonne partie des médias, pourquoi la gauche est la première à l’avoir affublé du surnom de « Sua Emittenza » sans pour autant avoir remis en cause les lois audiovisuelles sur mesure qu’il a fait voter ?
La politique spectacle à laquelle il se donne, son alliance avec le parti Alleanza Nazionale, dont certains membres sont issus de l’ancien MSI (Mussolini tu es immortel…), et avec la Ligue du Nord de Bossi, défendant les intérêts des entrepreneurs du Nord et faisant le doux rêve d’une Padanie autonome où il ferait bon vivre, n’est-elle pas un refuge dans lequel certains italiens pensent trouver une stabilité pour leur pays ?
L’attitude des autorités françaises face aux anciens membres des Brigades Rouges laisse aussi apparaître une certaine méconnaissance des évènements historiques. Les BR n’ont pas été un gentil mouvement estudiantin trotskyste ayant comme fait d’arme majeur d’avoir lancé des pavés en mai 1968… Dans la mémoire collective italienne, il s’agit de l’enlèvement et de l’assassinat du leader politique démocrate-chrétien Aldo Moro, d’attentats dont le plus célèbre reste celui de la gare de Bologne. Alors, certes, le rôle du pouvoir politique de l’époque reste encore obscur, mais ce que l’on peut dire c’est qu’il est bien facile de juger ces italiens qui n’acceptent pas la liberté d’opinion lorsqu’elle remet en cause l’ordre établi…
La question de l’immigration fait également scandale avec le fichage des enfants roms, qui rappelle certains épisodes noirs de l’histoire contemporaine. Cependant, il faut aussi se demander comment un pays qui a été une terre d’émigration peut réussir à s’adapter à son nouveau statut de terre d’immigration.
Quant à Gomorra, il représentera l’Italie aux Oscars. Certains journalistes français se sont alors empressés de rapporter les propos du ministre de l’Intérieur Roberto Maroni. Ce dernier a en effet souhaité bonne chance au film tout en reconnaissant qu’il préfère l’image véhiculée par un film comme la Vie est belle de Benigni à celle de ce film sur la criminalité en Italie. Cette déclaration est sans doute malvenue, mais il faut aussi se demander ce que peut ressentir un habitant de Naples en voyant ce film. Cette réalité peut être connue localement et la dénonciation peut aussi être soutenue pour faire changer les choses. Mais quand cette même réalité est donnée à voir au monde entier comme seule image de la « terre » à laquelle on appartient, on peut comprendre l’ambigüité des sentiments.
Dans ce contexte, il est assez facile et confortable pour une bonne part des journalistes français traitant de ces sujets de se complaire dans une vision simpliste et d’éviter de creuser pour faire émerger la complexité italienne.
Pourtant, je me permettrais de citer la démarche d’un journaliste qui ferait presque figure d’exception. Il s’agit du correspondant permanent de Radio France à Rome, Eric Valmir, dont le travail me donne souvent plus qu’une bouffée d’air. Ses reportages dans les diverses émissions de France Inter, journaux, Esprit Critique, et surtout Et pourtant elle tourne (à ne pas manquer !), donnent le plus souvent à voir sous un autre angle l’actualité en lien avec l’Italie, ou abordent des aspects souvent méconnus de la société italienne. Lui-même reconnaît se sentir souvent seul à tenir ce propos parmi les autres journalistes français en Italie.
Cette démarche s’accompagne d’un blog (http://radiofrance-blogs.c
Je vous invite donc si ce sujet vous intéresse à jeter un coup d’œil à son travail.
Et espère réussir à écrire quelques articles sur ce sujet…

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